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« Comme par hasard ! »

François Debras · Maître de conférences à l’Université de Liège et maître-assistant à la Haute École libre mosane

Mise en ligne le 5 septembre 2022

Si les théories du complot attirent un large public, c’est parce qu’elles reposent, en partie, sur des vérités. Les détails, les incohérences propres à chaque accident ou conflit prennent sens et s’accordent dans un tout harmonisé. Après les attentats de Charlie Hebdo, les policiers ont trouvé, la carte d’identité du suspect. « Comme par hasard ! » Loin d’être une machination sans sens ni fondements, l’imaginaire du complot repose sur la suspicion.

Photo © Shutterstock

Le 24 mai 2014, un homme armé entre dans le Musée juif de Bruxelles et tue quatre personnes. Il ne s’agirait pas d’un acte terroriste isolé. Sur la toile, des théories apparaissent. Deux des quatre victimes sont suspectées d’entretenir des liens avec une organisation gouvernementale israélienne, Nativ. « Comme par hasard ! » Et un quotidien israélien, Haaretz, « comme par hasard ! », évoque la possibilité de l’existence d’un tueur professionnel ou d’une attaque du Hezbollah. Selon les théoriciens du complot, rien n’est tel qu’il y paraît. Ces accusations mensongères visent à créer un écran de fumée pour brouiller les analyses facilitant la mise en place de certains intérêts loin du regard médiatique, politique et citoyen.

Dans les récits complotistes, pas de coïncidence ! Les suspicions sont des faits, les indices des preuves. Le manque d’éléments concrets devient à lui seul la justification de l’existence d’un complot. Le 8 mars 2014, le Boeing du vol Malaysia Airlines 370 disparaît. « Si “on” peut me géolocaliser avec mon téléphone, pourquoi ne trouve-t-on pas un avion ? » Des thèses évoquant l’intervention de la CIA pour faire se volatiliser des informations compromettantes apparaissent. Le postulat du complot ne nécessite pas de pièce à conviction puisque, par définition, les coupables effacent toute trace de leurs agissements. L’absence de preuve est donc une preuve en soi.

Les catastrophes et les drames suscitent de nombreuses questions. Nous cherchons des réponses pour pouvoir faire notre deuil, pour nous décharger d’une responsabilité. Le complot est convaincant parce qu’il apporte une réponse simple, globale et dépouillée de toute subtilité face à des événements qui nous échappent par leur complexité, leur absence de sens et leur côté arbitraire. Mais parfois, le hasard ou la malchance sont bien là.

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