Nous sommes allés à la rencontre des travailleurs sociaux : celles et ceux qui ont décidé de rester sur le pont, tout en se cachant dans la soute d’un navire à la dérive.
À l’horizon, une menace les inquiète : la bureaucratisation. Pour y faire face, une stratégie commune semble émerger. Elle consiste à se cacher pour contourner les règles ou pour éviter les contrôles afin de mieux protéger tous ces usagers en recherche d’aide. Ils et elles généralisent une pratique naguère isolée : celle du travail social clandestin.
Depuis la fin du confinement, ils et elles quittent pourtant massivement leur emploi, à un point que le métier d’assistant.e social.e est désormais classé en pénurie par les trois organismes régionaux de gestion de l’emploi (VDAB – ACTIRIS – FOREM). Et lorsqu’on prend le temps de les écouter, leurs désillusions sont nombreuses.
Ma norme maintenant, c’est devenu que rien ne fonctionne.
Melo, travailleuse sociale
Des chercheurs de l’Université de Mons ont sondé l’état moral des troupes en CPAS : 82 % des sondés s’estiment démotivés. Il faut dire que la tâche est immense. En 2022, d’après le Bureau Fédéral du Plan, 152.000 Belges disposaient d’un revenu d’intégration sociale. On en comptait à peine la moitié il y a 20 ans. Durant l’épidémie de Covid, la distribution des colis alimentaires a explosé et n’a malheureusement pas diminué depuis.
Ma norme maintenant, c’est devenu que rien ne fonctionne.Qui veut se lancer dans un secteur où même des dinosaures finissent par devoir lâcher parce que la pression est trop grande ?Ma norme maintenant, c’est devenu que rien ne fonctionne.
Renaud Maes, sociologue





Dans les chiffres officiels de Statbel, les inquiétudes se confirment également : en 2023, 2.150.000 Belges, soit 18,6 % de la population, courent un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Cette augmentation brutale de la pauvreté a bouleversé nos existences, à commencer par celle des principaux concernés et des travailleurs sociaux qui les accompagnent.
Au suivant ! Le travail sous haute tension
Septembre 2024 · 52 min. · Réalisation : Pierre Schonbrodt