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Les allocations familiales, un acquis à préserver

Madeleine Guyot · Directrice générale de La Ligue des familles

Les allocations familiales ont fêté leur centenaire il y a peu. Cet anniversaire aurait pu être l’occasion de réaffirmer leur rôle fondamental dans notre modèle social. Néanmoins, ces derniers mois, elles ont été confrontées à des vents contraires. Les débats budgétaires récents et à venir font peser une incertitude croissante sur un dispositif essentiel pour des milliers de familles.

Photo © Berit Kessler

Quelques chiffres pour se rendre compte de leur importance  : aujourd’hui, à Bruxelles, plus de 311 800 enfants, issus de 166 360 familles, bénéficient chaque mois d’allocations familiales. En Wallonie, elles concernent près de 914 000 enfants, pour environ 515 000 allocataires. Derrière ces chiffres, autant de réalités familiales, de budgets serrés et de besoins concrets.

Depuis la régionalisation de cette compétence, les régimes wallon et bruxellois présentent certaines différences. Toutefois, leur colonne vertébrale reste la même  : soutenir les parents face aux coûts liés à l’éducation des enfants et lutter contre la pauvreté infantile. C’est pourquoi les deux systèmes ont été construits autour d’un modèle similaire et équilibré  : des allocations de base minimales pour toutes les familles, complétées par des suppléments pour celles à bas revenus, monoparentales ou ayant un enfant en situation de handicap. Tous deux ont donc été élaborés en visant une progressivité, qui tient compte des situations les plus fragiles tout en maintenant un socle universel. Elles sont, actuellement, le seul soutien financier direct que reçoivent les parents, dans un contexte où de nombreux coûts augmentent.

Car les familles sont confrontées à une accumulation de difficultés ces derniers mois. Dans de nombreuses communes, le coût des garderies scolaires augmente, tout comme les stages Adeps ou la fréquentation des académies. La pénurie de places en crèche contraint beaucoup de parents à se tourner vers des structures non subventionnées, souvent plus onéreuses. À cela s’ajoute l’exclusion, actuelle ou à venir, de nombreux parents des allocations de chômage, alors même que leurs situations limitent leur capacité à travailler. C’est pourquoi les reports de deux mois des indexations, le maintien de la réduction de 12 € par mois par enfant né avant décembre 2019 à Bruxelles, le durcissement des conditions pour les jeunes entre 18 et 25 ans et la suppression du cumul entre suppléments régionaux et fédéraux en Wallonie sont autant de reculs préoccupants pour les familles.À l’heure actuelle, aucune certitude n’existe quant à l’adoption de nouvelles mesures défavorables en matière d’allocations familiales. Mais les reculs déjà décidés, ainsi que certaines prises de parole, suscitent une inquiétude légitime. Tout gouvernement est confronté à des arbitrages  : déterminer dans quelles politiques investir et dans lesquelles économiser. Réduire le budget des allocations familiales n’est donc jamais une fatalité imposée par les circonstances, c’est un choix politique. Dans ce contexte, La Ligue des familles entend rappeler un principe essentiel  : les allocations familiales ne sont pas une dépense superflue, mais un pilier sur lequel s’appuient les familles pour joindre les deux bouts et assurer une vie digne à leurs enfants. Elles constituent un droit pour tous les enfants et un pilier de la solidarité.