Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, un jeune Tunisien de 26 ans, s’immolait par le feu à Sidi Bouzid pour dénoncer la précarité dans laquelle une grande partie de la population devait vivre. Ce fut l’élément déclencheur de la révolution et du Printemps arabe, dont la Tunisie fut l’épicentre. Les manifestations ont eu raison du régime… mais les choses ont-elles vraiment changé ? Une corruption toujours bien présente, une transformation institutionnelle et administrative (trop) lente, un chômage endémique : de nombreux Tunisiens estiment aujourd’hui que la révolution n’a servi à rien.
Nous nous sommes rendus en Tunisie en mars 2022, à la rencontre des Tunisiens qui ont perdu leurs illusions mais aussi de migrants d’origine subsaharienne littéralement bloqués dans le pays, face à une Europe devenue forteresse infranchissable.
Leurs revendications sont simples : travail et dignité. « Il y a tellement d’endettements en Tunisie, explique Slim, journaliste et membre de la société civile que nous avons rencontré. Maintenant, on n’a plus le rêve d’avoir une voiture, une maison ou de faire étudier les enfants dans une belle école. Non, on a juste le rêve de manger. Après la révolution, on a attendu que le changement vienne d’en haut… mais il n’est pas venu. Personne ne s’est dit que c’était le citoyen tunisien qui était le moteur économique. C’est la crise. On est dos au mur. Mais je garde espoir… parce que je suis obligé de garder l’espoir. »Les Tunisiens espèrent une vie meilleure pour leurs enfants, à l’image de ces chauffeurs de taxi qui témoignent dans le documentaire et qui ressentent une certaine fierté d’avoir des enfants qui ont réussi à passer en France et en Allemagne. Ils ne les ont plus vus depuis 5, 10, 15 ans mais ils croient en une vie meilleure pour eux, même si la plupart sont sans-papiers en Europe.
Harraga : la Tunisie, cul-de-sac de l’Europe forteresse
Septembre 2022 · 46 min. · Réalisation : Pierre Schonbrodt