Le scientifique rejette les hypothèses falsifiées et non falsifiables. Il teste ses connaissances en consultant la théorie et en les confrontant au terrain. Si les hypothèses de départ sont invalidées, il en propose de nouvelles et recommence. Si elles sont validées, il établit des lois qui, à leur tour, apportent leur lot de nouvelles questions et expériences.
À l’inverse, les complotistes ne cherchent pas, ils savent. La conclusion précède la démonstration et seuls les éléments renforçant le postulat de départ sont retenus. C’est le biais de confirmation. La réflexion est circulaire, c’est un aller-retour permanent entre une affirmation de départ, jamais démontrée, et des éléments troublants lui donnant du crédit. Certains complotistes assurent que le gouvernement américain a lui-même perpétré les attentats du 11 Septembre. Les tours ne pouvaient pas s’effondrer à la verticale en cas de collision à cette hauteur. Les services secrets de la plus puissante nation du monde étaient nécessairement au courant. Les avions détournés n’ont pas été abattus. Quelques jours auparavant, des mouvements boursiers en faveur de certaines compagnies aériennes et d’assurance attestent d’un délit d’initié. L’exploitant n’est pas sur place le jour J. Les tours sont assurées contre le terrorisme depuis peu… Toutes ces explications sont formulées sous couvert de l’esprit critique et du « ouvrez les yeux ». Mais, in fine, le postulat de départ, le gouvernement américain a lui-même perpétré l’attaque, n’est jamais démontré…
Chez les complotistes, l’esprit critique est mobilisé pour critiquer les « experts », les journalistes, les politiques… mais jamais pour interroger leurs propres affirmations. L’esprit critique ne s’applique qu’aux autres. Mais pourquoi croire ces théories ? Qui en sont les auteurs ? Quelles sont leurs compétences ? Quelles sont leurs sources ? Sont-elles accessibles ? Les éléments sont-ils démontrés et validés, ou, à l’inverse, renforcent-ils uniquement un postulat de départ exposé comme une évidence ? Si l’esprit critique nous invite à remettre en question l’autorité du berger, ne quittons pas un troupeau pour un autre, car croire aveuglement une théorie alternative présentée par un inconnu, sans aucune source, ni aucune démonstration, c’est aussi ça, être un mouton…
On n’est pas des moutons
Un podcast de François Debras