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Chronique du Nord

Les héros de la Résistance: Trois vies, un seul combat

Dimitri De Smet · Délégué au service communication deMens.nu

Les cafés de la Résistance sont des soirées de rencontre où revivent les récits inspirants de personnes ordinaires qui ont résisté à l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Trois intervenants, souvent des membres de la famille, partagent les histoires de ces héros de la Résistance. L’objectif de ces témoignages personnels ? Perpétuer le courage, la détermination et le sacrifice de ces personnes et renforcer notre conscience de la liberté. Nous sommes invités à l’un de ces cafés de la Résistance à Renaix.

Les cafés de la Résistance sont une initiative de l’ASBL Helden van het verzet (Héros de la Résistance). Les soirées de narration s’adressent à tous, jeunes et moins jeunes, qui souhaitent apprendre, écouter et réfléchir à une période cruciale de notre histoire. La Seconde Guerre mondiale n’a pas seulement été une lutte entre des armées, mais aussi une lutte menée par des gens ordinaires qui ont fait preuve d’un courage extraordinaire. À Renaix également, nombreux sont ceux qui ont choisi de ne pas se plier à l’occupant. Trois de ces héros de la Résistance – Maurice Bouchez, Maurice Vandevelde et Roger Vanwijmeersch – incarnent cette détermination silencieuse. Leurs histoires prennent vie lors du café de la Résistance à Renaix.

Maurice Bouchez : le jeune homme aux informations secrètes

Maurice Bouchez a grandi dans une famille patriote. Son père avait combattu comme volontaire pendant la Première Guerre mondiale sur l’Yser et lui avait transmis cet esprit de résistance. Lorsque l’Occupation a commencé en 1940, Maurice n’avait que 16 ans, mais il aidait déjà des personnes en fuite et collaborait au réseau clandestin du Mouvement national belge (BNB). Avec des camarades, il a créé un laboratoire photo pour photographier des documents allemands et les faire passer clandestinement en Angleterre. Il a reconstitué des plans d’aéroports, dessiné des plans d’installations radar et pris tous les risques liés à l’espionnage. « La seule chose qui nous manquait encore, c’était un soufflet avec un objectif », écrivait-il ; un détail qui montre à quel point ils devaient faire preuve d’inventivité. Chaque étape était dangereuse – un regard de trop, un contrôle inopiné – et leur travail pouvait leur coûter la vie.

Le 24 avril 1944, le destin frappa. Maurice fut arrêté par la Feldgendarmerie et se retrouva à la prison de Gand, puis au camp de concentration de Buchenwald et plus tard au camp de Mittelbau-Dora. C’est là qu’il fêta son vingtième anniversaire, loin de chez lui, dans un monde de travail forcé et de privations. Fin octobre, on lui a proposé la liberté en échange d’un service dans la Wehrmacht, mais il a refusé. « Je ne pouvais pas signer, a-t-il écrit. La liberté en échange de la trahison n’était pas la liberté. » Après une marche de la mort, il s’est retrouvé au camp de Bergen-Belsen, où il a été libéré par les troupes britanniques le 15 avril 1945. Le 29 avril, il retourna à Renaix, marqué mais pas brisé. « La difficulté était d’expliquer ce qui était en fait inimaginable, nota-t-il plus tard. Comment raconter chez soi ce qui est impossible à raconter ? Comment expliquer ce que la faim, la peur et l’humiliation font à un être humain ? »

Maurice Vandevelde : l’employé de banque devenu homme de confiance

Maurice Vandevelde, né en 1906, n’était pas officiellement membre d’un groupe de résistance, mais son rôle fut crucial. En tant que mandataire de la Kredietbank à Renaix, il devint la personne de confiance des citoyens qui voulaient faire passer de l’argent aux personnes[VDT1] en fuite. Il distribuait le journal clandestin Ronse Vrij – Renaix Libre et aidait également les gens à obtenir des tickets de rationnement. Son réseau était composé de résistants tels que René Dubois, qui n’a pas survécu à la guerre. Tout se déroulait souvent dans le silence : une rencontre lors d’un match de football, une brève conversation devant une villa, un petit paquet discret contenant des tracts. La Résistance n’était pas toujours spectaculaire, parfois il s’agissait simplement d’une poignée de main, d’une enveloppe, d’un regard complice.

En 1944, Maurice fut arrêté et déporté à Buchenwald via Gand. Plus tard, il fut transféré à Bergen-Belsen, où il endura les épreuves du camp. Sa famille ne savait pratiquement rien de ce qui se passait ; même une supplique adressée au maire de guerre Leo Vindevogel n’aboutit à rien. « Il est bien là où il est », fut la réponse glaciale. Vandevelde survécut, mais les cicatrices de cette période restèrent. Il retourna dans une ville qui avait beaucoup souffert de la Collaboration et de la trahison, une ville où le silence était parfois plus fort que les mots. Combien de nuits a-t-il passées éveillé, à penser à tous ses amis qui ne sont pas revenus ?

Roger Vanwijmeersch : l’homme qui ne s’est pas plié

Roger Vanwijmeersch, né en 1918, a connu une enfance difficile qui a marqué son caractère. Après son service militaire en 1940, il est rentré chez lui avec un Entlassungsschein. Lorsque, en 1942, le travail obligatoire en Allemagne a menacé, il a choisi la Résistance. Il s’est caché à Ellezelles, a obtenu un faux passeport et est devenu actif dans le mouvement de résistance français Maquis. Avec sa moto Saroléa, il a mené toutes sortes de missions, du sabotage aux actions armées. Il a participé à des opérations spectaculaires : sabotage d’une locomotive, élimination d’agents de la Gestapo et mise hors service de tunnels. Chaque entreprise comportait un risque de trahison et de mort, mais Roger a continué. « Le courage n’est pas toujours bruyant, dira-t-il plus tard. Parfois, le courage consiste simplement à rester debout. »

Il a été reconnu comme résistant armé et est demeuré actif jusqu’à la fin de la guerre. Son histoire nous enseigne que la liberté commence parfois par un simple geste : refuser de se plier. Non pas pour l’honneur, non pas pour la gloire, mais parce qu’il fallait faire ce qui était juste. Il savait que chaque jour pouvait être le dernier, mais il a quand même choisi de ne pas détourner le regard. Roger a lui aussi lutté toute sa vie contre les traumatismes causés par la guerre.

Des histoires qui continuent de compter

Maurice Bouchez, Maurice Vandevelde et Roger Vanwijmeersch n’étaient ni des personnalités haut placées ni des privilégiés. C’étaient des gens ordinaires qui ont fait des choix extraordinaires. Leurs histoires nous rappellent que la liberté et la démocratie ne vont jamais de soi. Elles se construisent sur des sacrifices, une résistance silencieuse et la force de dire non, même si le prix à payer est le plus élevé qui soit.

Continuons de citer leurs noms, de transmettre leurs histoires. Car ceux qui se souviennent du passé peuvent apprécier à sa juste valeur la liberté dont nous jouissons aujourd’hui.