Espace de libertés · le magazine du Centre d'Action Laïque

L’Iran entre Lumières et obscurantisme

François Finck · Délégué « Europe & International » au CAL/COM

Ces questions ne sont pas propres à l’Iran : elles se posent dans tous les pays non occidentaux, qui, au XXe siècle, cherchent leur voie en s’efforçant de se libérer de l’emprise du colonialisme et de l’impérialisme. Cela étant, elles se posent aussi, mutatis mutandis, dans les pays occidentaux eux-mêmes, qui, à la même période, voient eux aussi s’affronter sur leur sol les forces politiques de la modernité et de l’anti-modernité… »

Les points forts de ce livre


  • Sujet complexe présenté de manière abordable et synthétique
  • Structure chronologique
  • Explication claire des principaux événements
  • Analyse critique des idées politiques

→ Ouvrage essentiel pour tout lecteur qui s’intéresse à l’Iran, aux dynamiques politiques et à la circulation des idées

La victoire des anti-Lumières en 1979 ne doit pas nous empêcher de voir la richesse de la pensée politique en Iran, ni la précocité de l’introduction des idéaux des Lumières. Lumières et anti-lumières en Iran retrace la très riche histoire politique iranienne, de la Révolution constitutionnelle de 1905, première du genre dans le monde musulman, aux tragiques événements contemporains : répression d’une brutalité extrême des manifestations en faveur des libertés, bombardements israélo-américains. La structure chronologique de l’ouvrage permet de bien suivre les développements de l’histoire souvent méconnue de l’Iran.

La première partie va de la Révolution constitutionnelle, « un mouvement décisif dans l’histoire iranienne par la nouveauté de ses revendications politiques, inspirées des valeurs du siècle des Lumières et de la Révolution française », dont les idées avaient été introduites au cours du siècle précédent par des ouvrages traduits en persan, jusqu’à l’occupation anglo-soviétique menant à la destitution de Reza Chah en 1941.

La deuxième partie couvre la période 1941-1979, marquée notamment par l’échec de la tentative de Mohammad Mossadegh d’affirmer l’indépendance nationale dans une optique laïque et par la modernisation autoritaire de Mohammad Reza Pahlavi, épisodes détaillés dans un premier chapitre.  Les trois chapitres suivants sont consacrés aux principaux courants idéologiques de cette période : l’islamisme politique, mouvement transnational culminant en Iran dans la « synthèse Khomeyni », les tenants d’une révolution conservatrice inspirée de Heidegger et de Jünger, et la gauche radicale, allant du communisme à l’islamo-marxisme.

La troisième et dernière partie traite de la période post-1979 et détaille l’idéologie et la pratique politique de la République islamique, avec un chapitre consacré à l’antisémitisme structurel du régime. Les thèmes transversaux sont les relations envers la domination des puissances étrangères (Royaume-Uni puis États-Unis, URSS/Russie/) et l’acclimatation des influences étrangères dans le domaine des idées politiques. Les idéaux des Lumières ont eu une grande influence, mais ce n’est pas le moindre des paradoxes que la réaction paroxystique et radicale à la modernité politique qui a triomphé en 1979 est elle-même redevable d’influences intellectuelles ayant leur origine en Occident.

Ce livre passionnant, et à la lecture aisée malgré son sujet ardu, est indispensable à tout lecteur intéressé par une meilleure compréhension de ce pays. La réflexion, faite « au prisme d’un universalisme à la fois méthodologique, anthropologique et politique, en considérant les hommes et les femmes à travers le monde comme soumis aux mêmes logiques et aux mêmes clivages fondamentaux, par-delà les évidents variations sociales et culturelles », permet de libérer l’analyse des préjugés et de l’orientalisme qui obscurcit souvent les perspectives sur l’Iran.

Lumières Iran
Stéphanie Roza et Amirpasha Tavakkoli, Lumières et anti-Lumières en Iran. Un siècle de luttes politiques, Paris, PUF, coll. « Questions républicaines », 2026, 304 pages.