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Climat : avoir réponse à tout. Puis agir.

Sandra Evrard · Rédactrice en chef

Mise en ligne le 1 août 2022

Même si la chance de rencontrer un.e climatosceptique lors d’un dîner en ville est moindre qu’il y a une décennie, il y aura toujours bien un tonton Jules ou une copine Nathalie pour vous dire que la technologie nous sauvera (c’est le profil technosolutioniste), que de toute façon il est déjà trop tard (tendance effondriste) ou que notre avenir se joue sur mars (syndrome Star Trek). Outre le côté un peu gavant de ce type de posture à l’emporte-pièce, le débat brille souvent par sa pauvreté, faute d’arguments solides.

Le problème avec la question climatique, c’est qu’il ne s’agit pas d’une idéologie, malgré le fait que celle-ci s’empare trop souvent des discussions à son sujet. Même si in fine, la solution pour parvenir à combattre ce problème, l’injonction dirions-nous, devrait être politique. Mais pour aborder sérieusement le sujet il faut forcément passer par des considérations techniques, physiques, biochimiques qui permettent d’expliquer les phénomènes en cours et de donner une vision claire des risques encourus pour l’humanité. Ce n’est pas pour rien que les rapports du GIEC et les scientifiques qui œuvrent dans ce domaine se basent sur des modélisations et des statistiques qui permettent de tirer des conclusions face aux phénomènes observés ou à venir. C’est le boulot de la science et la base de sa légitimité.

Prenons un des sujets explicités dans le livre, de surcroît au cœur de l’actualité : celui du nucléaire. L’auteur admet que si l’objectif est de respecter les fourchettes d’émissions de CO2 recommandées par le GIEC, l’énergie nucléaire fait partie de la solution. Mais il explique aussi que le nucléaire répond à nos besoins énergétiques électriques, mais que la production de gaz à effet de serre provient surtout de secteurs peu utilisateurs d’électricité (transports, agriculture entre autres) et que les centrales exigent de grandes quantités d’eau pour le refroidissement alors que les sécheresses se multiplient. Ce débat occulterait aussi la discussion autour de la nécessaire réduction de l’utilisation de l’énergie et de la surproduction en général, qui engendrent d’autres problèmes environnementaux (déchets, surexploitation de main d’œuvre paupérisée, pollution de l’eau, de l’air, etc.). Avec la crainte que d’éventuelles catastrophes climatiques – qui ont tendance à se multiplier – mettent en péril la sécurité de centrales nucléaires fragilisées par leur vieillissement.

Dans ce domaine comme dans tant d’autres, la rationalité doit primer pour appréhender les solutions et discuter sur des bases saines et logiques. C’est donc tout l’intérêt de ce petit livre que de donner des réponses très didactiques aux principales grandes questions ou clichés qui surgissent quasi inévitablement lorsque l’on parle réchauffement climatique. C’est un outil activateur d’esprit critique et de connaissance pour celles et ceux qui – disons-le quand même – ne se sont jamais penché.e.s sérieusement sur le sujet. L’auteur, Renaud Duterme, nous avait déjà séduit.e.s dans les pages d’edl par son interview donnée suite à la publication de son Petit manuel pour une géographie de combat. Il revient ici avec un ouvrage « pratique », mais qui en termes de solutions n’ouvre pas vraiment de nouveaux horizons.

La sobriété, à tous les étages, étant prônée comme piste de lutte anti-capitaliste, qui serait selon l’auteur finalement le grand coupable de la problématique climat. On ne lui donne pas tort, mais en restant à notre échelle très pragmatiques, difficile d’imaginer que le monde soit actuellement tenté par la sobriété, d’autant plus après ce qui est perçu comme une période de privation inhérente aux mesures prises contre la propagation de la Covid. Tous les indicateurs liés à la consommation et à leur impact sur la planète (le « jour du dépassement » de consommation de nos ressources tombe encore plus tôt cette année) s’accroissent. Cette position idéologique, aussi étayée soit-elle, a malheureusement peu de chance de rencontrer un public assez large pour avoir un effet réel sur le réchauffement climatique. Sur papier et éthiquement, on ne peut qu’adhérer également à la proposition de redistribution des richesses, de cette part du gâteau qu’est notre planète, avec une justice fiscale en prime, mais là encore, force est de constater que les propositions politiques allant dans ce sens n’ont pas encore réussi à franchir massivement le seuil de l’adoption d’une législation à la hauteur de l’enjeu. D’autres pistes telles que la réappropriation monétaire, la relocalisation et la reconversion industrielle sont intéressantes, mais tout cela relève quand même de politiques de gauche, tendance politique qui n’est pas la plus en vogue en Europe actuellement.

On ne peut donc que conclure ainsi : lisez, intégrez bien la gravité de la situation engendrée par le réchauffement climatique, intéressez-vous aux solutions et aux pistes amenées par la puissance du collectif et de la société civile. Puis agissez, mais aussi, votez !

Renaud Duterme, Nos mythologies écologiques. Déconstruire les idées reçues sur le changement climatique, éd. Les liens qui libèrent, 2022, 139 pages.

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