Il y a urgence à donner sens à la vie en commun, dans la complexité de nos sociétés, par les voies et moyens d’une démocratiecontinue, approfondie, d’une démocratie culturelle. Celle-ci doit être comprise comme un processus qui permet à tous les groupes d’élaborer une vision du monde et de la confronter aux autres, d’exprimer leur humanité, de travailler à façonner « une société plus consciente d’elle-même », selon les mots de Marcel Hicter1.
Si la démocratie culturelle est notre horizon, l’éducation permanente en est le chemin. Et ce chemin implique le soutien à la vie associative : sur le plan financier – à travers des subventions structurelles et une politique publique d’aide à l’emploi –, et aussi à travers le respect de son autonomie et la reconnaissance de sa dimension critique. Car cette dimension consiste à faire voir ce qui reste invisible, inaudible ou nié par ceux qui dominent le champ du pouvoir. N’est-ce pas là l’héritage de plusieurs siècles de luttes politiques, sociales et culturelles ?
Pourtant, les décisions annoncées par l’actuelle ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles Élisabeth Degryse concernant l’éducation permanente semblent prendre la direction contraire. Sous couvert du caractère inéluctable de l’austérité, le message qui nous est adressé aujourd’hui est le suivant : plus aucun secteur (vraiment ?) nesera épargné par les coupes budgétaires. Pire, cette nouvelle donne s’accompagne d’une inversion pernicieuse de la logique de concertation : le cadre d’austérité étant imposé comme une donnée de base, ce serait alors aux secteurs eux-mêmes de proposer les pistes d’économies à opérer.
Nous pouvons comprendre que des réalités financières dictent certains choix politiques : nous l’entendons depuis 2003, en consentant, dans notre milieu, depuis vingt-deux ans, à des restrictions budgétaires. Mais faut-il rappeler à quel point il serait inconséquent – voire irresponsable – de mettre à mal davantage l’éducation permanente au moment même où la fragilisation de notre démocratie la rend perméable aux populismes de tous bords ?
Nous affirmons au contraire une ambition forte en matière d’exercice de la critique ; comme le suggère Nancy Fraser, nous ne devons pas nous arrêter à la seule dimension de l’économie monétisée, mais intégrer dans nos travaux les dimensions écologiques et de la reproduction sociale, soit « les processus socioculturels qui permettent d’établir des relations de solidarité, des dispositions affectives et l’horizon de valeurs qui sous-tendent la coopération sociale ».