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Le CPC : un chouette cours pour toutes et tous !

Luc Pirson · Past-président de la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel (FAPEO)

Mise en ligne le 14 février 2022

Deux ministres plus tard, la saga pour un véritable cours de philosophie et citoyenneté se poursuit, entre difficultés et belles avancées.

Le temps du « cours de rien » est bien révolu, même s’il n’a jamais existé. Contre vents et marées, contre ses détracteurs historiques, mais bien pour l’intérêt de rassembler enfin les jeunes dans l’enceinte scolaire pour apprendre et partager ensemble savoirs et compétences pour un véritable « vivre ensemble », le cours de philosophie et citoyenneté a été créé.

À la suite de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 15 mars 2015, il fallait bien avancer, concrètement. Le pas très sexy « encadrement pédagogique alternatif » (EPA) si peu mis en valeur par la ministre Joëlle Milquet engrangeait néanmoins des premiers résultats enthousiastes à la rentrée scolaire 2015. L’attente d’une évolution notoire dans le créneau des cours abusivement dits philosophiques (cours de religions et cours de morale non confessionnelle) était manifeste. L’attrait pour un cours qui rassemble autour du commun et des différences, dans le respect de tous, est un moteur qui prend puissance.

Un cours ambitieux

Cours de citoyenneté : chronique d’une mobilisation parentale : le premier article sur la saga du CPC a été publié en octobre 2015 dans le no 442.

Le changement de ministre au sein de la mandature précédente, de Joëlle Milquet à Marie-Martine Schyns en 2016, s’est inscrit dans une continuité toute prévisible : sourde oreille aux demandes d’un formulaire de choix conforme aux enseignements de l’arrêt de la Cour constitutionnelle de 2015, pourtant décrié par les acteurs de terrain, un manque de support dans la mise en œuvre du nouveau cours, etc. Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles souhaite néanmoins avancer et concrétiser un cours ambitieux pour une éducation à la philosophie et la citoyenneté.

Les socles de compétences puis les programmes du cours de philosophie et citoyenneté sont donc établis. Ce cours nouveau, parmi les cours dits « généraux », se doit d’être donné comme un cours de mathématique, de géographie, d’histoire, de français… de façon « neutre » par son enseignant. Voilà qui le distingue radicalement d’un cours confessionnel donné quasi sous la seule autorité extérieure d’un ministre du Culte. Les enseignants du nouveau cours (général) de philosophie et citoyenneté ne peuvent dès lors pas déroger au « décret neutralité ». Ils doivent avoir suivi une formation à la neutralité (comme tout enseignant d’un cours général) ainsi qu’avoir suivi un enseignement didactique spécifique au nouveau cours. Faire réfléchir un groupe d’élèves sur des sujets variés, citoyens, éthiques, philosophiques, quelles que soient leurs convictions ou confessions, requiert en effet des compétences pédagogiques peu habituelles.

Un cours en mal d'ambition

Le cours de philosophie et citoyenneté apparaît dès la rentrée 2016 dans le fondamental puis à la rentrée 2017 dans le secondaire. À raison d’une heure obligatoire pour tous et d’une heure optionnelle. Le gouvernement en a décidé ainsi. L’heure obligatoire est prise dans les deux heures précédemment allouées aux cours de religion ou de morale. L’heure optionnelle peut être choisie par les parents (ou les élèves majeurs) parmi une liste comprenant aussi les cours de religion ou de morale. Quel paradoxe ! Un cours « général », nouveau, construit à partir de socles de compétences ambitieux (définis par le gouvernement), transcrits en costauds programmes peut ainsi être réduit à seulement une période hebdomadaire de 50 minutes théoriques, vite rabotée de 10 minutes (gestion du changement de classe, installation, prise des présences…). Il est pédagogiquement admis que 40 minutes hebdomadaires sont largement insuffisantes pour qu’un enseignement efficace puisse être transmis au sein d’une classe. Et du côté des enseignants, devoir assurer « ses heures » en multipliant ci et là des prestations de 50 minutes, signifiant pour certains de devoir cumuler des kilomètres et du temps en déplacements dans de multiples écoles, devient alors un cauchemar. Les plaintes se succèdent. La mandature 2014-2019 se termine, certes avec un nouveau cours, mais avec un goût très amer pour ses principaux acteurs.

Un cours enfin reconnu

Une nouvelle mandature 2019-2024 avec une nouvelle majorité en Fédération Wallonie-Bruxelles (PS, MR et Écolo) nous donne une nouvelle ministre de l’Enseignement obligatoire : Caroline Désir. La nouvelle déclaration de politique communautaire prévoit un groupe de travail parlementaire chargé d’examiner l’extension à deux heures (deux périodes) obligatoires du cours de philosophie et citoyenneté. Même si la pandémie de Covid-19 perturbe très malheureusement le monde de l’école, on sent progressivement les choses avancer. Un nouveau formulaire de choix est activé en mai 2021, mettant le possible choix de la deuxième heure de philosophie et citoyenneté cette fois en premier (comme le demandait la FAPEO depuis 2015). Les travaux du groupe de travail se font à huis clos. En 2021, des consultations se tiennent. Rien ne filtre. Défileront notamment des constitutionnalistes, des professeurs de philosophie, des enseignants de cours de religion, la toute fraîche association de professeurs du cours de philosophie et citoyenneté. La FAPEO et le CAL sont également invités.

Le 1er décembre 2021, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles vote une résolution recommandant l’instauration dans l’enseignement officiel deux heures (deux périodes) de philosophie et citoyenneté. PS, MR et Écolo ont voté pour. PTB et CDH ont voté contre. Il n’y a plus qu’à faire ce qu’on a dit vouloir faire. Un bémol encore retenu par la résolution et qui répond à une autre attente des membres du CEDEP (Centre d’étude et de défense de l’école publique) : tout comme pour sa formation au cours, celui d’avoir des inspecteurs spécifiques.

Un cours dans un cadre à préserver

Les faits de l’actualité appuient l’intérêt du cours. L’éveil autour de sujets de sociétés montrant notamment la diversité des opinions et des croyances, ainsi que l’intérêt d’œuvrer sur ce qui rassemble, avec les appréhensions de chacune et chacun, ne peut que contribuer au réel vivre ensemble. On s’étonnera, ou pas, qu’il subsiste encore une minorité de parlementaires pour invoquer un dialogue interconvictionnel organisé à l’école. Les professeurs de philosophie et citoyenneté du terrain l’ont exprimé : s’ils ont enfin par le nouveau cours un espace et un temps (en espérant au plus vite deux heures par semaine) pour discuter de presque tout avec une classe hétéroclite, c’est grâce aux balises données par son cadre neutre comme pour tout cours général. Il n’y a pas meilleur moyen de pirater cet objectif et ce cadre qu’en y introduisant des comparaisons convictionnelles. Car aborder le fait religieux dans un cours neutre par un dialogue interconvictionnel, c’est pousser à la divulgation et à la comparaison de l’intime des uns et des autres, c’est contraire au respect de la vie privée des élèves (et de leurs parents), c’est pour l’enseignant se disqualifier et disqualifier son cours.

Un cours obligatoirement officiel

Aujourd’hui, Julien Nicaise, administrateur général du réseau Wallonie-Bruxelles Enseignement (Communauté française) l’affirme : en WBE, « 20 % choisissent de prendre une deuxième heure de philosophie et citoyenneté ». En quelques années, malgré les difficultés des premiers temps, le cours fait ses preuves. Dans sa période obligatoire ou dans sa période optionnelle, il intéresse toujours davantage. Les témoignages des jeunes, des parents, des enseignants, quand le cours dispose d’un cadre propice, sont toujours positivement éloquents. On peut y aborder tant de sujets. On y apprend tant de choses.

La résolution du Parlement du 1er décembre 2021 demande de rendre les cours de morale et de religions optionnels. Le Parlement agit enfin selon le prescrit de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 15 mars 2015 : ces cours sont constitutionnellement proposés, facultatifs, dans l’enseignement obligatoire. Il n’est pas question de les supprimer. Il s’agit de toujours les proposer, dans un cadre scolaire, de façon optionnelle, en assurant pragmatiquement l’organisation des cours généraux et obligatoires dans la grille horaire normale.

Un cours officiellement obligatoire,
bientôt pour toutes et tous ?

Des enseignants dans le libre confessionnel se sentent bien peu outillés pour remplir leur nouvelle mission. Car si l’enseignement officiel, public, a mis en œuvre un véritable cours de philosophie et citoyenneté  disposant de ses heures propres et de ses enseignants formés spécifiquement, l’enseignement libre confessionnel, privé, a continué à voler comme le presse le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SeGEC), au détriment de ses propres enseignants et de l’intérêt de ses élèves. Une organisation dite transversale de l’« éducation à » la philosophie et la citoyenneté a jusqu’ici été accordée par le gouvernement. En pratique, cela oblige, par exemple, un professeur de mathématique à accepter un échange en classe à la suite de la décapitation de Samuel Paty, en étant aucunement préparé à gérer sereinement ces dialogues avec et entre des élèves aux sensibilités et expressions fort différentes.

Le Centre d’Action Laïque s’est étonné de ne pas voir dans la résolution une avancée plus concrète dans l’enseignement libre pour un véritable cours. Le Parlement demande cependant « d’y rendre plus effective l’éducation à la philosophie et à la citoyenneté, y compris en examinant la piste d’une période relative à l’organisation d’un cours spécifique ». L’intention sera-t-elle entendue ? Pourquoi donc faudrait-il continuer à différencier l’enseignement, les enseignants et favoriser une pratique commune au SeGEC voulant qu’un élève ne soit pas égal à un autre élève ? Un chouette cours devrait l’être pour tous.

Le cours de philosophie et citoyenneté est bien là et avance. La saga continue.

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