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En finir avec
le statut de cohabitant.e

Louise Canu · Journaliste

Mise en ligne le 12 janvier 2024

Avec l’arrivée des grands froids, faut-il tout cramer pour se réchauffer ? À commencer par le statut de cohabitant.e ? Créé il y a plus de quarante ans dans l’espoir d’alléger le porte-monnaie de la Sécurité sociale, le statut de cohabitant implique que les personnes vivant sous le même toit touchent moins d’allocations sociales que les personnes isolées. Il renvoie donc à la prise en compte de la situation du ménage dans le calcul des allocations de remplacement (revenu d’intégration sociale, chômage, mutuelle, la garantie de ressource aux personnes âgées (GRAPA), etc).

Poursuivant la campagne menée avec le Mouvement ouvrier chrétien par la plateforme www.stop-statut-cohabitant.be initiée avec le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté,  le mouvement d’éducation permanente et populaire PAC publie Cohabitant.e : vie et mort d’un statut injuste. Avec un propos : ni plus ni moins qu’abolir le statut de cohabitant.e, en revendiquant l’individualisation des droits sociaux.

Outre l’imbroglio administratif qui entoure ce statut complexe – dont nous vous faisons grâce –, ce statut précarise davantage les femmes. En raison d’une « solidarité présupposée » qui, dans les faits, produit de la dépendance entre conjoint.e.s ou cohabitant.e.s, ce sont bien les femmes qui sont le plus souvent amenées à « renoncer à leur activité professionnelle ou à leur indemnisation en cas de chômage ou d’invalidité, en cas de temps partiel et de bas salaire, dès lors que le statut de chef de ménage (souvent celui du conjoint ou du mari) est financièrement plus avantageux pour la famille ».

Parcourir les pages de ce livre, c’est partir à la rencontre d’autres modes de vie et de nouvelles façons de cohabiter. Mais aussi remettre les points sur les i : notre sécurité sociale est vieillotte. On en a fait du chemin, depuis 1944. « Le modèle familialiste n’est plus dominant mais représente un choix de vie parmi d’autres. Les deux personnes d’un couple peuvent travailler, le taux de femmes qui travaillent dépasse en effet les 60%, on peut cohabiter sans être en couple en vue de se partager le coût du loyer ou pour pouvoir s’occuper d’une personne en situation de handicap qui n’est plus tout à fait autonome », rappelle Sophie Thémont (députée fédérale PS).

Et au fait, combien ça coûterait ? 1,6 milliards d’euros, selon les dernières estimations. Bien loin des « 10 ou 15 milliards parfois évoqués dans le passé », la mesure permettrait, in fine, aux cohabitant.e.s et à la Sécurité sociale de retomber sur leurs pattes. D’abord, parce qu’une personne qui « sort d’une situation de pauvreté, c’est une personne qui potentiellement sortirait d’une spirale d’isolement social qui l’éloigne également du système préventif de santé ». Ensuite, car la suppression de ce statut permettrait de « créer un levier efficace face à la crise énergétique » en offrant la possibilité d’habiter d’autres types de logements (habitats groupés, logements intergénérationnels, espaces plus respectueux de l’environnement…). Enfin, exit les contrôles domiciliaires qui, en plus d’avoir un coût indéniable, demeurent intrusifs et questionnent sur le respect de la vie privée et autres droits fondamentaux.

Derrière ce débat, c’est bien une invitation à renouveler notre conception du vivre ensemble que le livre propose. Au prix d’un sandwich club dans le centre, Cohabitant.e : vie et mort d’un statut injuste alimentera toutes les conversations pour cette année 2024, qui comme chacun le sait, se place au cœur de toutes les batailles politiques.

Cohabitant.e : vie et mort d’un statut injuste, Cahier no 58, Bruxelles, PAC, 2023, 112 pages.

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