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Apprendre à douter

Lionel Rubin · Délégué « Étude & Stratégie » au CAL/COM

Mise en ligne le 27 novembre 2023

Alors évidemment qu’on y plonge avec vigueur. Évidemment qu’on part avec un a priori positif puisque Marc Romainville a une réelle expertise en la matière. Évidemment qu’on loue le propos général qui fait la part belle au doute, à la nuance, à la pensée complexe. Et évidemment qu’on appuie la revendication principale de réaffirmer cette fonction première de l’école, celle qui est de « remettre au sommet de ses priorités l’une de ses missions centrales : former les jeunes à penser juste, c’est-à-dire de manière fine, robuste, complexe et nuancée ». Évidemment, tout ça, puisqu’au Centre d’Action Laïque on milite depuis des années pour que chaque élève bénéficie de deux heures de philosophie et citoyenneté.

Et dans cette actualité nationale et internationale « clair-obscur où surgissent les monstres », le plaidoyer de Marc Romainville pour une école du doute est d’une justesse telle qu’il nous fait avant tout du bien, moralement. Il nous permet en effet de nous rendre compte que nos doutes raisonnables sont des atouts plutôt que des faiblesses. C’est rassurant et reposant, comme s’il nous rappelait qu’on avait ce droit de prendre le temps de se forger un avis.

Mais surtout, son plaidoyer est accessible. D’abord car le propos est compréhensible, à mille lieues du jargon pédagogue qui peut paradoxalement s’adresser le plus souvent aux initiés et académiques. Ensuite car la structure est efficace : contexte, explication, arguments et pistes d’action. Enfin car les propositions d’action permettent une mise en œuvre rapide. Dès demain, en classe, avec les élèves.

Nous émettrons juste une divergence de point de vue au niveau du fond. Pour l’auteur, « l’école du doute » est avant tout une affaire transversale, que chaque professeur doit incarner dans sa propre discipline. C’est sans doute vrai, mais cela renvoie à la formation initiale des enseignants. De manière complémentaire et plus pragmatique, nous proposons de rapidement faire bénéficier tous les élèves de deux heures de philosophie et citoyenneté, afin d’apprendre la citoyenneté par la méthode philosophique. Si ce cours de deux heures se met en place (900 heures pour chaque élève sur une scolarité complète !), il y aura une grande place pour « d’une part, sensibiliser les élèves aux failles qui les ont conduits à ne pas suffisamment se méfier de leur pensée intuitive et aux mécanismes qui sont à la base de ces failles et, d’autre part, les initier au chemin à emprunter pour se montrer davantage prudents et critiques. » Alors, en route vers les deux heures de CPC pour tous les élèves ?

Marc Romainville, À l’école du doute. Apprendre à penser juste en découvrant pourquoi l’on pense faux, Paris, PUF, 2023, 216 pages.

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