Libres, ensemble
C’est quoi être musulman·e
et laïque ?
Propos recueillis par Mehdi Toukabri · Journaliste
Mise en ligne le 26 janvier 2026
Face à un monde où le fondamentalisme religieux, l’extrême droite et le repli sur soi gagnent toujours plus de terrain et où l’écho des discours extrémistes résonne chaque jour un peu plus fort, l’équipe d’EDL s’est posé une question simple : « C’est quoi être juif, chrétien, musulman et laïque ? » Dans un souci de visibiliser les paroles modérées et inclusives, nous avons rencontré différentes personnes issues des trois grandes religions monothéistes, dans un but simple : savoir comment elles font rimer foi et/ou appartenance religieuse avec laïcité. Le troisième et dernier volet de notre triptyque se concentrera sur l’islam et la laïcité. « C’est quoi être musulman.e et laïque ? », une interview croisée de Necim Triki, Jihane K. et Ayoub B.
Photo © Efired/Shutterstock
Quel est votre rapport à l’islam ?
Necim Triki, 27 ans, avocat au barreau de Bruxelles : Je suis né ici à Bruxelles de parents d’origine tunisienne. J’ai grandi dans une famille musulmane. J’ai été baigné dans cette religion et cette culture depuis l’enfance. A l’école, je suivais les cours de religion islamique et ce, jusqu’à la fin de ma scolarité, à l’exception de ma 6ième secondaire. Avant mes douze ans, j’allais régulièrement en cours d’arabe à la mosquée du Cinquantenaire. L’apprentissage de cette langue passait naturellement par celui de la religion. Jusqu’à mes 16 ans, j’ai été énormément imprégné par l’islam et par ce que c’est qu’être musulman. Ma vie était tournée vers cela. Ensuite, j’ai petit à petit pris mes distances en fin d’adolescence. Je pense qu’on se construit aussi dans un processus d’opposition. C’était pour moi une manière de me distancier de la vision religieuse de ma mère, de rejeter en partie ce qu’était l’islam, ce qu’était le dogme, ce qu’était la croyance et la pratique de cette religion. Récemment, mon rapport à l’islam s’est apaisé. Je ne suis pas pratiquant mais je sais prier et je connais les sourates. Je ne corresponds pas à l’image du « bon musulman » mais je suis en paix avec le fait de me dire musulman. C’est à mon sens une construction intérieure car celle-ci comporte une dimension culturelle dissociée de la dimension religieuse et spirituelle. Je pense que je peux me dire croyant. Je crois en Dieu et au destin. Ces deux notions, tout autant que d’autres que l’on acquiert en apprenant l’islam, résonnent assez fortement en moi. Ceci est peut-être dû au fait que j’ai grandi avec elles et qu’elles comportent un aspect réconfortant.
Jihane K., 31 ans, product manager dans une entreprise de la Tech : Je suis née au Maroc, à Casablanca et suis arrivée en Belgique à l’âge de 3 ans. Je suis bruxelloise. C’est dans cette ville que j’ai toujours vécu, plus précisément dans les quartiers nord. J’ai toujours baigné au sein de la religion musulmane au cœur d’une famille marocaine. C’est ma culture. Le quartier où j’ai grandi comporte une forte communauté maghrébine de confession musulmane. Chez moi, on fait toutes les grandes fêtes qui rythment le calendrier musulman et le ramadan. Petite, j’allais à l’école coranique et j’avais également des cours de religion islamique dans l’enseignement fondamental. Puis, j’ai intégré un enseignement catholique. J’ai toujours gardé beaucoup de contacts avec les personnes de ma communauté. J’ai poursuivi mes études à l’ULB. Je suis croyante, même si j’ai pu longtemps en douter. Aujourd’hui, j’en suis sûre. Peut-être est-ce plus rassurant aussi. Je ne pratique plus la prière en ce moment. Lorsque j’étais jeune, j’avais un petit livre qui m’apprenait la prière et je le trouvais super chouette. Prier était pour moi un réel moment de méditation. Parfois, j’y repense avec une certaine nostalgie. C’était un moment spécial où je pouvais me recentrer sur moi-même. C’est une religion qui comporte un rapport direct et très personnel avec Dieu, sans aucun intermédiaire. Les imams ne sont que des conducteurs de prière. Je pense qu’il existe des valeurs très intéressantes au sein de cette religion et qui peuvent être universelles : la charité, le partage, un certain esprit communautaire. Certes, celles-ci peuvent parfois s’avérer toxiques, mais j’aime à croire qu’elles restent majoritairement positives, tant qu’elles tournent autour du don de soi et de la générosité. J’aime également un dernier aspect au sein de l’islam : le principe d’intention (niya, en arabe, NDLR). Cela signifie que toutes les actions que l’on pose ne sont pas valables si l’intention sincère n’est pas présente. Pour qu’une bonne action soit comptabilisée dans l’islam, il faut qu’il y ait réellement une intention de la réaliser. Il ne faut pas juste poser cette action dans le but de gagner des points pour aller au paradis (dit hassanète, en Arabe, NDLR). Il faut qu’il y ait une sincère volonté de faire le bien.
Ayoub B., 28 ans, employé de banque : J’ai grandi au Maroc dans une famille très religieuse. Mon arrière-grand-père était imam. Là-bas, il n’y a pas de séparation entre l’Etat et la religion. J’ai toujours eu des cours d’éducation islamique. C’était un cours très important dispensé deux heures par semaine. Le but : à la fin du primaire, les enfants doivent connaître près de la moitié du Coran. Je m’estime aujourd’hui détenteur d’un bon niveau de connaissance de la religion. J’ai également pratiqué durant assez longtemps les préceptes religieux. A mes onze ans, nous avons déménagé avec ma famille aux Pays-Bas. En arrivant là-bas, je découvre un monde complètement différent. La religion est beaucoup moins présente. Ensuite, j’arrive en Belgique pour poursuivre mes études à l’ULB. La situation y est très similaire qu’aux Pays-Bas. Je me suis habitué à ce rythme de vie où la religion n’est plus aussi présente. Je me définis aujourd’hui en tant qu’agnostique, malgré ma grande proximité avec la religion musulmane et ce, surtout vis-à-vis de ma famille. Quand on grandit là-dedans, cela devient plus culturel que religieux. La vie d’un musulman est régie en fonction de la religion. Lorsque je suis devenu agnostique, j’ai perdu ce rythme. Je me suis senti un peu « nu ». Avec le temps, l’habitude devient la norme et les priorités changent. L’agnosticisme est l’idée qui me correspond le plus car je considère qu’il existe peut-être, au sein de cet univers si vaste, un créateur. Tout en ne reniant pas l’aspect scientifique des choses.
Necim Triki © Mehdi Toukabri
Jihane K. © DR
Ayoub B. © Mehdi Toukabri
Pour vous, l’islam est-elle avant tout une religion ou bien une culture ?
Necim Triki : le curseur est particulièrement difficile à placer. Je pense qu’aujourd’hui, pour moi, mon rapport à l’islam est essentiellement culturel, plus que religieux. Je pense que c’est quelque chose qu’on remarque peut-être plus facilement lorsque l’on se rend dans nos pays d’origine. Quand je dis « nos », c’est celui des maghrébins en général. J’étais au Maroc il y a peu et il est vrai que le rythme de la vie y est fortement dicté par la religion. En Belgique, le fait de ne pas manger de porc a acquis, je pense, une dimension beaucoup plus culturelle que purement religieuse. Moi, comme beaucoup d’autres musulmans, continuons à garder cette tradition, alors que nous ne pratiquons plus. Cette dimension plus culturelle en est devenue, pour beaucoup, vectrice d’identité. La séparation entre culture et religion est, à mon sens, très délicate à réaliser aujourd’hui lorsqu’il s’agit de l’islam.
Jihane K. : Récemment, je me replonge beaucoup peu plus dans l’histoire de la culture marocaine. Lorsque l’islam a débarqué au Maroc, il y avait des berbères. C’est une religion importée par la colonisation. En grandissant, je n’ai jamais fait la différence. Ce que j’apprenais de l’islam et de la culture marocaine était exactement la même chose. Pas de distinction. Aujourd’hui, je vois un peu plus de nuances. Un exemple parlant est le symbole de la main de Fatma. Je pensais que celle-ci représentait la religion islamique. Mais, après avoir discuté avec des amis libanais, il s’est avéré que ce symbole était berbère et originaire d’Afrique du Nord, non pas musulman. Je pense qu’il est difficile de mettre la frontière entre culture et religion car nous y avons été baignés depuis tout petits. Je pense qu’en comparaison à la communauté juive, la distinction peut être plus aisée de par son aspect ethno-religieux et donc plus cadré. Chez nous, c’est un peu plus compliqué. La colonisation arabe a également brouillé les frontières entre notre culture amazighe et la religion musulmane.
Ayoub B. : Je me considère de culture musulmane parce que j’ai encore énormément de contacts avec ma famille. Les valeurs islamiques reviennent systématiquement lorsque je suis avec elle. Petit, mon grand-père me disait « il faut toujours faire le bien envers les personnes qui t’entourent » et il justifiait cela avec un point de vue religieux. Aujourd’hui, j’ai dépassé cette justification uniquement basée sur les textes. Autant garder les points positifs qui m’apprennent à me diriger vers le vivre ensemble et le respect de l’autre plutôt que de rester cloîtré dans un entre-soi religieux qui ne mène pas à grand-chose.
Pour vous, c’est quoi être musulman.e et laïque ?
Necim Triki : Ayant grandi en Belgique, dans un Etat se définissant comme neutre, le rapport à la laïcité s’est fait assez naturellement. Au niveau de mon identité, j’ai créé durant ma scolarité systématiquement des ponts entre le cours de religion islamique et celui de morale laïque. Pour moi, il est très difficile de ne pas être musulman et laïque en Belgique. L’islam est une religion qui se définit elle-même comme étant, dans une certaine mesure, laïque. Elle revendique le fait de laisser la place à toutes les autres religions du livre, contrairement à ce que l’on peut entendre concernant l’hypothétique et absurde fermeture de l’islam. Je crois qu’elle se veut respectueuse de toutes les croyances. La laïcité est la meilleure garante de cet équilibre, de cette cohabitation inter-convictionnelle.
Jihane K. : Être musulmane et laïque a toujours été une évidence. Au Maroc, en tant que pays à majorité musulmane, le roi y est le défenseur des croyants alors qu’en Belgique, dans ma position d’immigrée de première génération et avec une religion différente de celle du chef de l’Etat, la pratique de la laïcité était une évidence. En grandissant, j’ai lu, je me suis éduquée, mais ce n’est vraiment qu’à l’ULB que toute la portée de cette notion s’est entièrement livrée à moi. Je me suis rendu compte que j’étais complètement en accord avec tout ce que la laïcité mettait en place, en ce sens que la religion ne relève que du strict personnel. D’un autre côté, je trouve que, justement, l’islam est la religion la plus intime comme je l’ai dit plus tôt. Cela va de soi que la religion ne doive pas impacter l’Etat car c’est ce qui garantit une certaine neutralité en son sein. Cela permet que l’Etat ne traite différemment ses citoyens sur base de leur religion ou de leur croyance. Je trouve cela assez sain. En tant que musulmane laïque, il est naturel que les croyances et pratiques religieuses se calquent sur base du crédo « ma liberté s’arrête là où commence celle des autres ». C’est aussi simple que cela.
Ayoub B. : Être musulman et laïque n’est absolument pas quelque chose de complexe, malgré les a priori existants. Ceux-ci proviennent historiquement, à mon sens, de la colonisation. Petit à petit, l’idée que l’islam était une religion politique a progressé, alors qu’avant la colonisation, l’aspect spirituel était beaucoup plus prégnant : les gens pratiquaient leur religion personnellement. Etant d’origine amazighe (berbère, NDLR), l’histoire de mon peuple s’entrelace avec l’histoire des colonisations que nous avons subies. Historiquement, nous sommes polythéistes. Nous n’avons pas pas du tout été régis entièrement et exclusivement par la culture islamique. Mes grands-parents marocains, même si musulmans, gardent encore des croyances polythéistes. Donc, l’aspect d’être musulman et laïque est pour moi essentiellement politique. Depuis l’époque de la colonisation, on a essayé de nous retrancher dans une forme d’impossibilité de vivre islam et laïcité, à l’image des frères musulmans. C’est très sombre et négatif, alors que lorsqu’on repense à l’âge d’or islamique, c’était la philosophie et l’ouverture d’esprit qui géraient les contrées musulmanes, pas la peur et le repli sur soi. L’islam et la laïcité sont, pour moi, deux notions qui cohabitent assez bien ensemble. Je trouve que l’islam est justement une religion très ouverte aux autres confessions et aux autres croyances : tu peux être athée, chrétien ou encore agnostique dans un pays qui respecte vraiment les écrits musulmans. Quelque part, l’islam peut être une religion entièrement laïque, politiquement parlant.

© Mehdi Toukabri et Martin Deneys
Et le libre examen dans tout ça ?
Necim Triki : Mon rapport à l’islam a essentiellement changé à mon adolescence. J’avais le sentiment, à l’époque, que beaucoup de croyances que je prenais pour acquises ne pouvaient être ni expliquées, ni justifiées. Je me suis rendu compte que je n’étais pas sûr de trouver dans la religion des réponses cohérentes à mes questionnements. En posant certaines questions à mes parents, les réponses ont été proches de « il faut faire les choses telles qu’on te les a apprises, parce que c’est comme ça et que c’est le mieux pour toi ». L’idée que mes croyances relevaient plus du dogme et de l’argument d’autorité s’est alors installée. Pourquoi ne boit-on pas d’alcool en tant que musulman ? Il y a très certainement de très bonnes raisons dans le fait de ne pas boire d’alcool, mais au niveau strictement religieux, aucune justification ne m’a amplement satisfaite. C’est en quelque sorte la porte d’entrée que j’ai eue au niveau du libre examen. Doctrine que j’ai retrouvé naturellement à l’ULB : le fait de vraiment questionner les injonctions auxquelles je doive répondre au quotidien. En permanence me demander si je ne me trouve pas face à une autorité illégitime ou injustifiée. Si tel est le cas, remettre en question en permanence l’ensemble de mes croyances, ainsi que l’ensemble de mes actions.
Jihane K. : Lors de mon arrivée à l’ULB, j’ai pu petit à petit comprendre cette notion. Le libre examen est une forme de remise en question, de la même manière que pour la critique des sources historique : ne pas prendre pour argent comptant ce qu’on nous dit. Longtemps durant, j’ai été musulmane par « principe », c’est à dire que je me considérais musulmane parce que j’étais marocaine et parce que j’ai grandi dans une famille qui pratiquait l’islam. Je n’avais plus vraiment de foi active. Ensuite, j’ai pu changer de lentilles et observer mes convictions religieuses au travers du libre examen : cela m’a ouvert une toute autre perspective de ce qu’est l’islam. Aujourd’hui, je suis dans un rejet du dogme. J’ai lu le Coran en entier, ainsi qu’une bonne partie des hadiths (paroles supposées du prophète Mahomet, NDLR). Lorsqu’on se replonge au sein de ces écrits, certaines parties des hadiths ont, par exemple, été écrites plus de cent ans après l’existence du prophète. La critique des sources nous permet dès lors de se poser certaines questions sur la raison d’être de ces derniers, mais surtout, à qui ceux-ci profitent-ils ? Je reviens à la colonisation arabe du Maroc par laquelle l’islam a été instaurée. Certains grands dirigeants arabes avaient tout intérêt à mettre quelques règles en place pour mieux appliquer ce prosélytisme, pour mieux contrôler et surtout, pour mieux gérer la société. Bref, je pense que là où le libre examen m’a le plus aidé, c’est de me donner les clés pour débuter un certain questionnement personnel afin de ne pas être dans un rejet pur d’une partie de moi-même.
Ayoub B. : Mon cheminement vers l’agnosticisme relève entièrement du libre examen. Le premier exemple qui justifie que je m’identifie plutôt en tant qu’agnostique que comme religieux réside dans l’existence de l’enfer. Depuis tout petit, je lis le Coran. Dans l’islam, Dieu n’est pas humain. Ce n’est pas quelque chose qui nous ressemble. C’est une entité à laquelle on croit. Alors, pourquoi est-ce que cette entité régit les choses comme les humains ? Pourquoi l’image de Dieu est attachée à celle d’un juge ? Pourquoi, dans le prolongement de cette réflexion, existe-t-il ce concept de punition ? Il est répété souvent dans le Coran que Dieu est bon. Mais, au final, pourquoi cette description de l’enfer complètement vicieuse et sournoise ? Ce n’est évidemment pas cantonné exclusivement à l’islam, mais je trouve par exemple, en appliquant mon libre examen, qu’il est impossible qu’un supposé créateur soit aussi sournois. Pour moi, le récit de l’enfer ne peut subvenir que de l’imagination humaine. C’est justement mon libre examen qui m’a aidé à aller au-delà de ce que les textes disent et de me dire qu’il y a des choses qui, pour moi, posent problème.
Comment faites-vous pour vivre votre islam laïque harmonieusement avec vos concitoyen.nes ?
Necim Triki : J’essaie de le vivre avec le plus de distance possible. C’est ainsi que je peux réellement me montrer utile lors d’échanges d’idées. Simplement car j’ai la chance d’avoir eu un parcours intellectuel qui me permet de me positionner. Mais c’est assez difficile pour d’autres personnes. Sentir qu’il y a un certain rejet sociétal par rapport à ce qui constitue le fondement de leur identité peut être douloureux. Surtout pour celles qui ne sont pas assez outillées pour y faire face. Dans un climat parfois ouvertement hostile envers les musulmans, c’est très compliqué d’évoluer mais cela n’est pas impossible. Je pense que pour vivre le plus harmonieusement possible, la société devrait prendre en compte le fait que nos identités sont plurielles, que nous évoluons tout au long de notre vie et que notre vision des choses est amenée à évoluer. Dans les faits, malheureusement, les musulmans sont souvent amenés à devoir choisir un camp, à devoir choisir une identité. Ces injonctions nous demandent qui on est ? Comment est-ce qu’on se définit ? Est-ce qu’on est musulman ou est-ce qu’on est laïque ? A partir du moment où on arrive à davantage conscientiser que le premier n’est pas exclusif du second, il est plus facile de pouvoir se définir comme musulman et laïque. De la même manière, j’ai décidé de renoncer à choisir entre le fait d’être tunisien ou belge. Il n’y a aucune raison d’avoir à choisir. L’islam est très riche et ne pas l’envisager comme quelque chose qui peut s’inscrire au sein de notre société actuelle, c’est lui enlever une grosse partie de cette richesse, justement.
Jihane K. : Je vis mon islam laïque, de manière assez critique, mais en sachant que je suis privilégiée. J’ai été à l’université et ai été éduquée et ce même si j’ai grandi dans la communauté. Je trouve que j’ai eu la chance d’avoir des d’opportunités, d’avoir pu m’ouvrir au monde et, surtout, de ne pas avoir été trop stigmatisée. Mais, lorsqu’on constate à quel point les jeunes des quartiers dans lequel j’ai grandi, eux, le sont, en ce compris les jeunes femmes voilées, force est de constater que ceci peut nourrir un certain repli identitaire : un terreau parfait pour la radicalisation, influencées par les extrémistes de la communauté. Je ne peux pas dire, très honnêtement, que j’aurais été la musulmane laïque que je suis aujourd’hui si on ne m’avait pas « ouvert le monde », si on ne m’avait pas donné l’opportunité d’apprendre et de me questionner, si on m’avait rejetée plutôt qu’accueillie, notamment à l’université. Je pense qu’il ne faut pas être dans le rejet, autant au sein de la communauté que dans la société dans son ensemble. Il faut essayer de discuter, de créer des ponts. C’est aussi ça le libre examen : ne pas rejeter, se parler et se questionner tous ensemble.
Ayoub B. : J’essaie de faire au mieux. Pour moi, cela passe par une remise en question de la culture dans laquelle j’ai grandi. Je suis informé et éduqué vis-à-vis de ce qu’est l’islam laïque. J’ai grandi dans les couloirs de la mosquée et malgré cela, j’ai cette vision d’un islam très ouvert. C’est précisément cette ouverture qui représente la majorité des gens qui ont eu une éducation islamique. Non pas cette minorité bruyante qui a une interprétation erronée des textes. Elle se base sur des traductions qui affaiblissent le sens profond. Je trouve que si l’on souhaite comprendre le Coran, un cours d’histoire doit également être proposé : il est essentiel d’apprendre pourquoi, par exemple, tel verset a été révélé à ce moment précis. L’islam est une religion qui a toujours évolué avec son temps. Promouvoir le vivre ensemble et la laïcité passe par la correction des a priori que peuvent avoir certaines personnes à propos de l’islam. Même en tant que non pratiquant, lorsque j’entends des choses erronées sur cette religion, je reste quelqu’un qui aime aller discuter avec l’autre afin d’effacer en lui, si possible, certains biais discriminatoires. Même si je n’en suis pas un fervent défenseur, elle reste la religion de ma famille et de ma compagne. C’est quelque chose qui me tient à cœur. Pour moi, vivre ensemble passe avant tout par la promotion d’une vision areligieuse de l’Etat afin que tout le monde puisse avoir ses croyances personnelles et puisse pratiquer sa religion s’il le souhaite.
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