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Tox en toc
Contre-discours et discours alternatifs
François Debras · Professeur associé à l’ULiège,
chargé de cours à la Sorbonne Nouvelle et maître assistant à l’HELMo
Mise en ligne le 21 janvier 2026
Lorsque nous sommes confronté·es à des fake news, à des propos conspirationnistes ou extrémistes, notre premier réflexe est souvent de répliquer par « c’est faux », « c’est raciste » ou « comment peux-tu dire cela ? ». Une réaction compréhensible mais qui, au cours d’un repas de famille ou d’un débat, conduit généralement au même résultat : la fin du dialogue.
© CC Roman Samborskyi/Shutterstock
Produire des contre-discours, c’est produire des contre-arguments, c’est remettre en question les faits, c’est contester les chiffres, contester les sources, c’est « contre-attaquer ». Notre réponse est légitime, quelquefois indispensable, mais elle nous enferme sur le terrain de notre interlocuteur·rice. Nous acceptons de discuter de son sujet, selon ses termes, donnant l’impression que cela mérite discussion. Aux yeux des autres qui nous écoutent, nous paraissons parfois « agressif·ve » voire « moralisateur·rice » pour certain·es. Si les contre-discours sont nécessaires, ils ne suffisent pas.
Une seconde stratégie consiste à proposer un discours alternatif. Dans ce cas, il n’est plus question de contredire mais bien de déplacer le débat et le regard. Prendre le temps, faire un pas de côté. Un discours alternatif, c’est proposer une autre histoire. L’objectif n’est plus d’être contre l’autre mais bien de construire avec lui, en écoutant ses émotions, ses peurs, son besoin de sens, afin d’esquisser un projet partagé.
Deux exemples. Si un proche évoque la théorie du « grand remplacement », nous pouvons le qualifier de raciste au milieu du repas. Oui ; mais la suite du souper risque d’être glaciale. Pourquoi ne pas plutôt répondre que personne ne devrait mourir en Méditerranée ? De même, une enseignante me racontait que l’un de ses élèves lui avait avoué être « contre l’homosexualité ». Après un rappel de la loi et plusieurs contre-arguments qui ne l’ont pas fait changer d’avis, au contraire (dans certains cas, contredire l’élève, c’est aussi contredire ses parents), elle lui demande : « Veux-tu que tout le monde soit heureux dans la classe ? »
Les contre-discours sont indispensables, mais face à la polarisation, nous devons apprendre à faire un pas de côté ; préserver les liens et ne pas se laisser enfermer dans des débats stériles. Nous devons écouter et reformuler des récits ; non pas « nous » contre « l’autre », non pas « arguments » contre « émotions », mais ensemble, avec des discours alternatifs construits sur des valeurs communes.
